mercredi 21 septembre 2016

Pourquoi j'arrête Hannibal.

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Ça y est. Au bout de deux saisons, j'en peux plus et je jette finalement l'éponge. D'ailleurs, je ne sais toujours pas pourquoi je me suis désespérément accrochée à cette série au moment même où je commençais à saturer. Peut-être parce qu'Hannibal, c'est un petit plaisir coupable, et on y retrouve les ingrédients qui en font une série complètement tendance : les personnages sont pratiquement tous cinglés, avec des looks ultra-soignés qui doivent coûter un bras et une ambiance complètement glauque et décalée, en nous montrant au passage toute une batterie d'images plus esthétiques les unes que les autres. Un plaisir coupable qui s'appuie sur l'un des personnages les plus mythiques de la littérature, et qu'on regarde en disant "nan, mais c'est Hannibal quand même, je peux pas rater ça". Mais détrompez-vous, vous le pouvez tout à fait.

Si vous ne connaissiez pas la série, Hannibal se voulait être au départ une sorte de préquelle à Dragon Rouge, expliquant ainsi les origines de la rencontre entre le célèbre cannibale et le profileur Will Graham. Plusieurs personnages assez uniques en leur genre vont graviter autour de ce fameux duo, que ce soit des sociopathes fous dangereux ou de simples collègues de Will, en passant par toute une compagnie de psy loufoques et intrigants. Les deux premières saisons tournent donc autour des liens étroits entre les deux hommes, unis par plusieurs types de relations ambiguës (psychiatre/patient, amis/rivaux, prédateur/proie) et qui accumulent les révélations fracassantes. Parfois, les chemins que prend le scénario sont inutilement complexes et gratuitement gores, ce qui contribue davantage à nous rendre perplexes qu'à nous donner envie de tout savoir. Mais je me suis accrochée, parce qu'après tout ...

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Et pourtant, petit à petit mon intérêt pour le mystère principal avait décru, puisque la série s'emmêlait de plus en plus dans tous les sens, avec des épisodes dont la cohérence était toute relative (des épisodes bourrés de séquences bien crades, entrecoupés de longs et fastidieux épisodes où on parle beaucoup pour ne pas apprendre grand chose), mais je suivais quand même parce que bon, ça faisait quand même une plombe que je voulais savoir comment tout ce carnage finirait. Mais là franchement, alors que tout le monde a compris qui était vraiment Hannibal, qu'on découvre ses motivations, qu'on a même un peu de compassion pour ce destin brisé ... Hop, Byan Fuller nous sort de son chapeau "une romance riche en tension sexuelle" (je cite) entre les deux hommes. Vous l'aviez pas vu venir ? Moi non plus. Sérieusement, est-ce que c'était nécessaire de nous imposer une saison 3 (qui sera d'ailleurs la dernière saison, et c'est tant mieux) avec un scénario aussi faible et abracadabrant ? 

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Eh bien non, cette fois, les aventures d'Hannibal et Graham ne m'intéressent plus une seule seconde. Je ne suis absolument pas contre une série gay-friendly, mais dans le cas présent c'est juste du grand n'importe quoi, surtout quand on prétend refaire quelque chose de fidèle à l'original. A un moment donné, il faut être un minimum cohérent et arrêter de se cacher éternellement derrière une franchise qui attire les téléspectateurs. J'ai juste eu la désagréable impression de regarder une mauvaise fanfic, alors qu'il aurait suffi de créer des personnages originaux pour que l'idée me plaise (peut-être). Mais dénaturer Hannibal de la sorte, désolée, je l'ai toujours en travers. Les pointes d'humour noir, les explosions de sang et de membres qui volent dans tous les sens, les mimiques (fort réussies) de Mads Mikkelsen, les fringues sympa, les appartements à tomber par terre et la BO plutôt cool, tout ça ne suffit plus à sauver une série pour laquelle j'ai l'impression qu'on se fout violemment de notre gueule.

mardi 20 septembre 2016

Stoker, cet OVNI cinématographique.

Cet après-midi, j'ai profité d'une flemme intersidérale (et de ma fameuse série d'articles) pour découvrir Stoker, de Park Chan-Wook, qui me faisait de l'œil depuis longtemps. Les affiches magnifiques et les quelques captures d'écran que j'avais aperçues m'avaient fait très bonne impression, il y avait donc peu de chances que je sois déçue au niveau esthétique. Mais qu'en est-il de l'intrigue ?

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Après avoir lu le synopsis, je m'attendais à des prises de bec larmoyantes dignes des drames familiaux, mais ce que nous offre Stoker est complètement à l'opposé des classiques du genre. Tout commence quand le père d'India est retrouvé mort dans sa voiture carbonisée, alors que la jeune fille s'apprête à souffler ses dix-huit bougies. Pas de bol pour elle, sa relation avec sa mère Evelyn n'a jamais été très concluante, et elle avait coutume de passer le plus clair de son temps avec son père, notamment autour d'une passion commune : la chasse. C'est précisément le jour de l'enterrement que le mystérieux oncle Charlie, frère du défunt, décide de réapparaître comme un cheveu sur la soupe et de s'installer chez les Stoker. Avec son sourire angélique à faire froid dans le dos et ses comportements quelque peu étranges, on soupçonne tout de suite Charlie de n'avoir pas vraiment la lumière à tous les étages. S'ensuit une collocation malsaine et intrigante entre les trois personnages, qui ne s'étaient jamais vus auparavant. Des liens vont alors se tisser progressivement entre Evelyn et Charlie mais aussi, plus curieusement, entre India et ce dernier. Cette rencontre va agir pour chacun comme un révélateur, ouvrant une boîte de Pandore qui ne pourra plus être refermée.

Pour ma part, j'ai beaucoup apprécié le personnage d'India. Première de la classe, perçue comme bizarroïde par les autres élèves, elle est un peu renfermée sur elle-même, mais on peut dire qu'elle a quelques excuses. En effet, elle voit, entend et perçoit des choses que la plupart des gens ne remarqueraient même pas. Très douée pour les arts, on découvrira au fil du film ses deux passions : le dessin et le piano, qui occupent à eux seuls une petite partie du film. J'ai été touchée par le côté décalé et fascinant de Mia Wasikowska, qui donne pas mal de profondeur à un rôle qui aurait pu très vite tomber dans la banalité. On retrouve aussi Nicole Kidman dans la peau d'une mère instable et névrosée, qui en fait des caisses et tombe vite dans une espèce de caricature d'elle-même, pour ne pas changer. Pour contrebalancer un peu ce défaut de casting (même si, à mon sens, Nicole Kidman est pratiquement toujours un défaut de casting, et que j'ai conscience de ne pas être très objective), on peut souligner la performance de Matthew Goode qui campe majestueusement cet homme double, à la fois séducteur et dangereux.

 

Même si le scénario est un peu prévisible, il a le mérite de nous entraîner sur plusieurs fausses pistes, et on s'y laisse alors facilement emporter. Les scènes sont superbement réalisées, les décors et l'ambiance à couper le souffle, la musique de foufou accompagne le tout avec justesse : rien n'est laissé au hasard. Je craignais de me faire encore avoir par un film purement esthétique et vide de sens, mais fort heureusement, le réalisateur ne tombe pas dans le piège. Cependant, l'histoire prend un certain temps (voire un temps certain) à se mettre en place, insidieusement, et il faut s'armer d'une infinie patience avant de voir les premiers rebondissements se succéder. D'un autre côté, c'est justement cette attente qui permet de créer petit à petit le suspens, jusqu'à des révélations pour le moins surprenantes.

Bref, Stoker sort totalement des sentiers battus, faisant partie de ces films inclassables et apportant presque plus de questions que de réponses réelles : on en ressort sans savoir réellement quoi en dire ni quoi en penser. Etant donné que je tiens carrément à ce que vous vous fassiez votre propre opinion sur le sujet, je m'abstiendrai donc de vous spoiler à mort. Tout ce que j'ai encore le droit de vous dire, c'est qu'il faut absolument le voir au moins une fois, ne serait-ce parce que c'est l'un de mes plus gros coups de cœur de cette année (à ranger à peu près aux côtés de Prémonitions, Spectre ou Le pacte des loups, même si ça n'a absolument rien à voir, nous sommes d'accord).

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Et en prime, la petite BO qui fait du bien, ce serait dommage de s'en priver :


jeudi 15 septembre 2016

Misery, une magnifique invitation à l'angoisse.

Celles et ceux qui entendent parler de moi depuis un petit moment ne seront pas surpris, je vais de nouveau aborder le sujet de Misery, mais ce sera décidément une première sur ce blog (vous allez me dire qu'il était grand temps, et je suis bien d'accord avec vous).

  
Certaines histoires s'oublient directement une fois le livre refermé. Mais Misery n'est pas le genre de bouquin ordinaire, et ce n'est pas non plus un Stephen King comme les autres. C'est quelque chose de complètement envoûtant : une angoisse perpétuelle au fil des pages tournées, alors que l'intrigue nous empoigne pour nous traîner dans une bonne grosse angoisse qui retourne les tripes.

En quelques mots, Paul Sheldon est un écrivain à succès, devant essentiellement sa notoriété à Misery Chastain, son héroïne de romans fantastiques à l'eau de rose. Lassé, il décide alors de tuer son personnage phare, et se lance dans l'écriture d'un autre roman, plus marginal, plus dramatique et plus moderne, intitulé Fast Cars.  Alors qu'il quitte l'hôtel dans lequel il s'exile habituellement pour écrire, son nouveau manuscrit déjà est bouclé ; mais chez King, rien ne se déroule jamais vraiment comme dans le meilleur des mondes. A cause d'une tempête et d'un excès d'alcool, c'est l'accident. Les deux jambes broyées, il est secouru par Annie Wilkes, ancienne infirmière, et accessoirement fan numéro un de son héroïne Misery Chastain. Tout dérape franchement après sa lecture du dernier tome des aventures de Misery et celle du prochain roman de Paul, qu'elle ne trouve pas spécialement à son goût, c'est le moins que l'on puisse dire. Et sa folie furieuse bien enfouie ne tarde pas à se déchaîner de façon assez spectaculaire, ne laissant plus qu'un choix à son captif : faire renaître Misery de ses cendres pour avoir une chance de survivre.

Je me souviens encore de ma première lecture, durant laquelle je passais le plus clair de mon temps à me planquer sous la couverture, sans pour autant résister au plaisir de tourner les pages une à une. D'autant que ce livre est quand même parfois très drôle (mais non, ne partez pas si vite, m'enfin !) : si on compatit évidemment avec le prisonnier, son humour décalé reste irrésistible dans bon nombre d'occasions. Il n'y a pas d'artifices surnaturels ou autres petits extraterrestres ici, simplement un huis clos complètement malsain sur fond de fanatisme hystérique, capable de tout détruire sur son passage. Ce bouquin illustre parfaitement le syndrome de Stockholm puisqu'indirectement, Annie va parfois contribuer au bonheur de Paul et susciter chez lui une certaine forme de reconnaissance. Pour vous servir une métaphore très à propos, je trouve que Misery est un peu comme un couteau qu'on vous planterait en plein cœur et qu'on s'amuserait à faire tourner et retourner sans répit. Et j'aime ça (mais chacun ses problèmes). En fait, je ne saurais même pas expliquer de façon construite pourquoi cette histoire me fascine totalement, et j'ai bien conscience de manquer cruellement d'objectivité sur le sujet.

Oui voilà, et la plus grande fan de Misery, c'est moi. Rassurant, n'est-il pas ?

A vrai dire, je me doute bien que le roman est écrit de telle sorte à ce qu'on ressente une forte empathie pour ce pauvre Paul séquestré et malmené, j'ai bien compris l'intérêt de l'intrigue depuis le temps que je me vautre dedans, mais je me suis surtout attachée au personnage d'Annie Wilkes, presque instinctivement. Certes, c'est quand même une grande malade, mais elle a cette folie et cette rage enfouie que tout excuse. Face aux contrariétés, progressivement, elle commence à devenir complètement givrée. Tantôt lucide, elle se perd au fil du temps dans un monde imaginaire qui ne tolère aucune imperfection : l'auteur qu'elle chérit doit s'exprimer correctement, il doit également écrire l'oeuvre dont elle rêve. Puis, tant qu'à faire, il doit devenir l'homme idéal, une illusion à laquelle elle s'accrochera coûte que coûte. Et surtout, elle restera persuadée, jusqu'à la toute fin, de n'avoir fait tous ces sacrifices que par altruisme envers l'homme qu'elle aime. A la foi victime de sa maladie et bourreau, le personnage d'Annie est tout simplement bouleversante. Avouez que ça change un peu de toutes ces gentilles filles larmoyantes dont on nous gave jusqu'à l'indigestion.

"Il vit ses yeux qui le foudroyaient s'agrandir encore, maintenant pleins de surprise, d'horreur et d'une souffrance nouvelle. [...] Qu'est-ce qui est arrivé, Paul ? Je vous apportais du champagne, pourtant ..."

J'ai également beaucoup aimé les quelques références à la Reine de Cœur imaginée par Lewis Carroll dans Alice aux pays des merveilles, ça m'a fait plaisir que Stephen King pense à un autre de mes personnages préférés (je suis sûre qu'il l'a fait exprès, pas vous ? Non ? Bon bon, d'accord ...)

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Stephen King est sans doute l'auteur (vivant) le plus adapté au cinéma, et on y trouve un peu de tout : des chefs d'œuvre, des films passables et des gros ratés (et encore, je reste à peu près diplomate, notamment en ce qui concerne Ça, qui est pour moi un flop total). Dans la première catégorie, on retrouve donc le fameux Misery de Rob Reiner, porté par une réalisation au top et des acteurs génialissimes. L'adaptation n'atteint pas la richesse flippante du roman, mais on aurait vraiment tort de bouder notre plaisir pour autant.

Il y a très peu d'ambiance sonore dans ce film, mais la bande son est propre, soignée et colle parfaitement aux scènes qu'elle vient illustrer. Le huis-clos se suffit presque à lui seul pour me donner une sensation de claustrophobie (agréable, cette fois) derrière mon écran. On frissonne avec Paul, on découvre la truie de compagnie d'Annie sous ses yeux ébahis, on se rue avec lui sur notre fauteuil roulant pour éviter qu'elle nous surprenne à son retour de courses. Bref une totale immersion, comme si on était, nous aussi, happé dans cette maison perdue au milieu de nulle part. Et on s'en réjouit grandement. Je trouve que le duo Kathy Bates / James Caan insuffle à cette histoire (simple, mais jamais simpliste) une véritable dynamique, qui semblait pourtant impossible à adapter à l'écran. Très sincèrement, James Caan est parfait en pauvre homme frustré, ni courageux ni lâche, qui tentera toutes les supercheries imaginables pour s'enfuir, mais à mon sens Kathy Bates lui vole complètement la vedette. Mais si, je suis sûre que vous connaissez Kathy Bates, au moins de nom ! Sa filmographie est très, très, trèèès impressionnante, et parmi la vague de prix que la dame a raflé, on y retrouve l'Oscar et le Golden Globe de la meilleure actrice pour Misery. Et croyez-moi, cette récompense est amplement méritée. D'ailleurs, elle s'apprête également à figurer (enfin !) au très célèbre panthéon du Walk Of Fame, ce 20 septembre. Et j'en suis ravie, vous vous en doutez bien, étant donné qu'elle fait partie de mes très rares actrices favorites.

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Ce film, sans effets spéciaux et sans hémoglobine à tout-va, est un brillant thriller psychologique que j'adore regarder de temps en temps, même s'il n'égale pas complètement le roman. Une ambiance pesante, une infirmière complètement tarée et amoureuse de son écrivain séquestré, un suspense plutôt intense et des musiques savamment dosées, font de ce film une véritable perle. Par contre, le DVD classique est très pauvre, pas la peine de chercher deux plombes, il n'y a absolument que dalle. Je vous conseille donc de vous tourner plutôt vers l'édition collector (qui offre des bonus très intéressants). J'ai aimé découvrir la bande-annonce qui avait été diffusée à l'époque, en plus du making-off et des interview : un petit plaisir supplémentaire pour découvrir ou redécouvrir cette adaptation très réussie.

lundi 8 août 2016

Parlons un peu de Dolores Claiborne.


    

Décidément, Kathy Bates et Stephen King étaient faits l'un pour l'autre. Ce film est la preuve qu'une adaptation peut être réussie tout en s'éloignant carrément du scénario original, et ce n'est parfois pas plus mal. 

On retrouve ici Stephen King dans un registre très différent, sans fantômes ni créatures farfelues, sans fantastique ni surnaturel. Dans Dolores Claiborne, il s'intéresse simplement à une tranche de vie plutôt banale à première vue : l'existence paisible et ennuyeuse d'une femme de ménage vivant sur une île coupée du monde, en compagnie de son mari alcoolique et ses trois enfants en bas âge. Tout était donc fait pour me plaire, mais à ma grande surprise je n'ai pas été totalement convaincue. Déjà sur la forme : le roman est écrit d'une seule traite, autant dire qu'il symbolise le cauchemar horrible de tout lecteur qui veut finir son chapitre avant d'éteindre la lumière ; on finit donc par bâcler rapidement le dernier paragraphe pour pouvoir aller se coucher. Certes, écrire le monologue d'une femme battue est un exercice casse gueule pour n'importe quel auteur, mais très franchement, je n'ai pas ressenti l'émotion que j'aurais voulu. L'action se déroule uniquement dans une salle d'interrogatoire, Dolores y est dépeinte comme une camionneuse bourrue, vulgaire et peu instruite, et je dois dire qu'émotionnellement, ça m'en a touché une sans bouger l'autre. A mon sens, une telle histoire aurait mérité bien plus de subtilité, de finesse, et surtout d'être beaucoup moins caricaturale pour être crédible.
Autre chose : un élément essentiel de l'histoire est franchement très similaire à celui d'une des nouvelle du recueil Nuit Noire, étoiles mortes (1922, pour les connaisseurs). Bon OK, ce recueil est largement plus récent que Dolores Claiborne, mais si les auteurs commencent à s'autoplagier, on aura pas assez d'une seule vie pour découvrir tous leurs bouquins. Pour moi, c'est donc un livre sympa, mais sans plus. Il se lit vite, sans réelle impatience, et ne me laissera pas un souvenir impérissable. 

Adapter cette histoire était donc plutôt compliqué, voire impossible, puisqu'il s'agit simplement d'une introspection qui part un peu dans tous les sens. Mais heureusement pour moi, Taylor Hackford s'est approprié personnellement l'oeuvre avant de la retranscrire en images, et je vous avoue que je me suis montrée beaucoup plus enthousiaste. Alors oui, ses détracteurs pourront dire qu'il ne ressemble que très peu à l'intrigue originale, mais je trouve qu'un copié-collé fidèle, scène pour scène et mots pour mots, n'a aucun sens et n'en aura jamais. Regardez par exemple Shining : bon nombre de fans conchient littéralement le film de Kubrick et lui reprochent d'avoir pris trop de libertés (ce que pense également le principal intéressé, Stephen King himself). A contrario, Mick Garris a réalisé une série qui était beaucoup plus proche du roman original, et qui n'apporte finalement rien de nouveau. Une adaptation doit pouvoir garder la trame de base, mais elle doit aussi apporter davantage, ne serait-ce qu'un changement de point de vue. Le Dolores Claiborne de Hackford apporte ce qu'il faut de neuf tout en gardant pas mal d'idées propres au bouquin, et pour ma part je le perçois comme un bel hommage, autant à Stephen King qu'aux femmes de la trempe de Dolores. Je trouve ça plutôt flatteur : voilà qui redore enfin le blason de cette héroïne du quotidien et la dépeint à sa juste valeur.


On y suit donc Dolores partout, comme si elle nous promenait dans sa poche au gré de son histoire, sans faux-semblants et sans pudeur : la lente déchéance d'un homme qui la bat (parce qu'à cette époque, un homme viril doit soumettre sa femme et la maintenir constamment dans la terreur, évidemment), ses relations ambivalentes avec Vera Donovan, son amour inconditionnel pour sa fille unique (autre différence avec le roman), ses désirs de fuite, puis de meurtre. Et on se prend de sympathie pour tout ce petit monde, tout en contrastes et en complexité. Le seul personnage qui restera tout le temps fidèle à lui-même (c'est-à-dire bien insupportable) est Joe St George, admirable dans son rôle de pourri fini, représentant les deux fléaux que sont la domination masculine et l'alcoolisme. Presque naturellement, on applaudirait presque cette idée de faire justice soi-même, quand la société n'est pas présente là où elle le devrait (parce qu'elle ne l'est pratiquement jamais, faut pas se leurrer). Le duo mère/fille fonctionne également à merveille et nous prend aux tripes, tantôt dans la recherche constante de l'autre, tantôt dans la confrontation. Kathy Bates a un véritable talent (et elle fait partie de ses rares actrices qui ne me ressortent pas par les trous de nez, c'est plutôt bon signe), elle interprète aisément la peur, la tristesse, la rage, le courage, la générosité, la détermination, alternant sur cette palette d'émotions à l'infini. A vrai dire, elle est tout aussi impressionnante dans ce rôle de femme bafouée qu'elle l'était en psychopathe dans Misery (il fallait bien que je fasse le parallèle, sinon ce ne serait pas moi). Dolores est en tous points un modèle pour chaque femme d'hier et d'aujourd'hui, amenée à vivre dans un monde parfois hostile et destructeur, où il faut trop souvent se battre avec ses petits poings pour survivre. 

Au lieu de raconter les faits à l'enquêteur, Dolores choisit ici de se confier directement à sa fille, ce qui permet de sortir un peu du confinement de la salle d'interrogatoire et de redonner plus d'intérêt au récit. Côté esthétique, ce film est sans doute l'un des meilleurs que j'ai pu voir jusqu'ici : le présent ne s'accompagne que d'une ambiance morne et grise, tandis que le passé est une explosion de couleurs vives, un paradoxe qui capte directement l'intérêt du spectateur. Sans compter la simple présence de Kathy Bates, les nombreux effets visuels de foufou et la magnifique BO de Danny Elfman, tout y est pour y plonger à corps perdu. La mise en scène est tout simplement fabuleuse et le film se suit avec plaisir, il est impossible d'en décrocher jusqu'à la toute fin. Je pense qu'il deviendra aisément l'un de mes grands classiques. Bref, un film vraiment mémorable et à la conclusion touchante, qui laissera un souvenir assez marquant de par la présence sincère et subtile des acteurs, lesquels auraient tous amplement mérité une récompense pour leur interprétation. Après tout, on distribue des Césars à la pelle pour beaucoup moins que ça.


Et comme Dolores m'a beaucoup inspirée, voici donc un petit hommage de mon cru, que je vous présente avec la fierté du travail bien accompli :

 

mercredi 6 juillet 2016

Le point série : mes flics préférés.

En réalité, je pensais que dresser ce top 5 serait super compliqué, puisque je suis une véritable abonnée à ce genre de séries, mais à ma grande surprise, j'ai réussi à trancher relativement vite. Après avoir un peu pleuré parce que Dexter et Patrick Jane (The Mentalist) ne sont pas éligibles au classement, voilà les cinq flics qui ne me font pas lever les yeux au ciel quand ils débarquent sur mon écran.


5 - Will Graham (Hannibal) :


J'ai beau ne pas être une fan de la série, j'ai bien adhéré au personnage de Will Graham (qui n'est pas tout à fait flic de formation, mais c'est mon article, je fais bien ce que je veux). Complètement largué depuis l'apparition d'Hannibal, on le voit galérer pour garder pied dans la réalité alors qu'il aspire grosso modo à se faire rouler dessus par un bus, attaché à une femme qu'il aime mais qu'il ne peut plus regarder en face depuis qu'elle couche avec le célèbre cannibale. Il me fait de la peine et je l'aime bien, parce qu'il tente désespérément de comprendre les choses et de s'ancrer dans la réalité comme il le peut, malgré ses dons trop envahissants et un psychisme fragile.


4 - Carl Hickman (Crossing Lines) :

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Dans toute série il y a un petit trublion qui ne devait pas être là au départ, et dans Crossing Lines, le rôle revient à ce merveilleux Carl Hickman, qui perd chaque fois un peu plus les pédales à mesure que son passé le rattrape. Là où j'ai établi qu'il était l'un de mes flics favoris, c'est lors de l'épisode où on découvre qu'il triche un peu avec ses talents d'observation censés être infaillibles, pour masquer les effets de la drogue sur son comportement ; donnée avec laquelle Louis Daniel (Marc Lavoine) le provoque pour le voir réagir. J'ai donc aimé Hickman depuis le début, même dans ses moments un peu WTF. Sa détermination et son altruisme y sont sans doute pour beaucoup, son âme torturée et pas très optimiste aussi.


3 - Debra Morgan (Dexter) :


A vrai dire, je voulais tout d'abord intégrer Masuka ou Batista à la place, mais c'était sans compter sur Debra Morgan. Sujette à beaucoup de critiques, c'est pourtant un personnage que j'adore. Elle est spontanée, travailleuse, elle jure comme un camionneur, ses relations amoureuses s'accumulent et partent de plus en plus en cacahuète : c'est un peu madame tout le monde, en fait. Il faut dire qu'avec tous ces seconds rôles de fliquettes niaises et transies d'amour pour le héros, la féminité n'est pas vraiment à son avantage dans ce type de séries. Debra change littéralement la donne, et Jennifer Carpenter n'en fait pas des caisses à base de maquillage démesuré et de mimiques cul-cul-la praline (un mérite que possèdent bien trop peu d'actrices à mon goût). Durant son enfance et les huit saisons qui nous sont montrées à l'écran, elle a vécu un paquet de choses pas forcément jolies-jolies, mais n'a jamais basculé. Elle est l'anti-Dexter en quelque sorte, même si énormément de similitudes les rapprochent. Elle fait le même job que son frère, à savoir attraper les vilains, mais en restant toujours du côté de la justice néanmoins. Notons aussi que Jennifer Carpenter est atteinte de la paralysie de Bell (pratiquement indécelable à l'écran), et son interprétation n'en est que plus impressionnante encore.


2 - Alexandre Falco (Falco) :

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Bah ouais, après tout. Avant son coma, le barbu légèrement foufou était déjà flic, donc il compte doublement. Bon oui, cette série n'est pas parfaite, mais j'avoue que j'ai beaucoup aimé son héros ainsi que son acteur, qui s'imbriquent parfaitement. Falco est constamment tiraillé, il sombre pour mieux se relever, donne dans l'émouvant tout en restant sobre, mais se montre aussi drôle et décalé. Ce mec est non seulement marrant, mais il a un mot pour tout le monde en toutes circonstances et n'hésite pas à faire quelques petites entorses au règlement afin de rester en accord avec ses valeurs. Sagamore Stévenin dégageait vraiment quelque chose, du charisme, une prestance, une sensibilité et une authenticité qui m'a bluffée. Adieu, flic anticonformiste aux chemises affriolantes, tu vas nous manquer.


1 - Harry Bosch (Harry Bosch) : 


Le fameux Harry Bosch. Que j'aimais déjà comme une folle dans les bouquins de Connelly, et que je trouve aussi génial dans la série qui lui est dédiée. Ce flic plein de bons sentiments et d'idéaux qui se casse la margoulette sur les enjeux politiques et les magouilles de ses supérieurs, mais qui ne lâche rien quitte à se foutre tout son département de police à dos. Il est cool, il est sympa, il a des valeurs qui lui sont propres, et se bat bec et ongles pour les défendre ... Bref, Harry Bosch flic number one dans mon coeur. Voilà, c'est tout.