jeudi 15 septembre 2016

Misery, une magnifique invitation à l'angoisse.

Celles et ceux qui entendent parler de moi depuis un petit moment ne seront pas surpris, je vais de nouveau aborder le sujet de Misery, mais ce sera décidément une première sur ce blog (vous allez me dire qu'il était grand temps, et je suis bien d'accord avec vous).

  
Certaines histoires s'oublient directement une fois le livre refermé. Mais Misery n'est pas le genre de bouquin ordinaire, et ce n'est pas non plus un Stephen King comme les autres. C'est quelque chose de complètement envoûtant : une angoisse perpétuelle au fil des pages tournées, alors que l'intrigue nous empoigne pour nous traîner dans une bonne grosse angoisse qui retourne les tripes.

En quelques mots, Paul Sheldon est un écrivain à succès, devant essentiellement sa notoriété à Misery Chastain, son héroïne de romans fantastiques à l'eau de rose. Lassé, il décide alors de tuer son personnage phare, et se lance dans l'écriture d'un autre roman, plus marginal, plus dramatique et plus moderne, intitulé Fast Cars.  Alors qu'il quitte l'hôtel dans lequel il s'exile habituellement pour écrire, son nouveau manuscrit déjà est bouclé ; mais chez King, rien ne se déroule jamais vraiment comme dans le meilleur des mondes. A cause d'une tempête et d'un excès d'alcool, c'est l'accident. Les deux jambes broyées, il est secouru par Annie Wilkes, ancienne infirmière, et accessoirement fan numéro un de son héroïne Misery Chastain. Tout dérape franchement après sa lecture du dernier tome des aventures de Misery et celle du prochain roman de Paul, qu'elle ne trouve pas spécialement à son goût, c'est le moins que l'on puisse dire. Et sa folie furieuse bien enfouie ne tarde pas à se déchaîner de façon assez spectaculaire, ne laissant plus qu'un choix à son captif : faire renaître Misery de ses cendres pour avoir une chance de survivre.

Je me souviens encore de ma première lecture, durant laquelle je passais le plus clair de mon temps à me planquer sous la couverture, sans pour autant résister au plaisir de tourner les pages une à une. D'autant que ce livre est quand même parfois très drôle (mais non, ne partez pas si vite, m'enfin !) : si on compatit évidemment avec le prisonnier, son humour décalé reste irrésistible dans bon nombre d'occasions. Il n'y a pas d'artifices surnaturels ou autres petits extraterrestres ici, simplement un huis clos complètement malsain sur fond de fanatisme hystérique, capable de tout détruire sur son passage. Ce bouquin illustre parfaitement le syndrome de Stockholm puisqu'indirectement, Annie va parfois contribuer au bonheur de Paul et susciter chez lui une certaine forme de reconnaissance. Pour vous servir une métaphore très à propos, je trouve que Misery est un peu comme un couteau qu'on vous planterait en plein cœur et qu'on s'amuserait à faire tourner et retourner sans répit. Et j'aime ça (mais chacun ses problèmes). En fait, je ne saurais même pas expliquer de façon construite pourquoi cette histoire me fascine totalement, et j'ai bien conscience de manquer cruellement d'objectivité sur le sujet.

Oui voilà, et la plus grande fan de Misery, c'est moi. Rassurant, n'est-il pas ?

A vrai dire, je me doute bien que le roman est écrit de telle sorte à ce qu'on ressente une forte empathie pour ce pauvre Paul séquestré et malmené, j'ai bien compris l'intérêt de l'intrigue depuis le temps que je me vautre dedans, mais je me suis surtout attachée au personnage d'Annie Wilkes, presque instinctivement. Certes, c'est quand même une grande malade, mais elle a cette folie et cette rage enfouie que tout excuse. Face aux contrariétés, progressivement, elle commence à devenir complètement givrée. Tantôt lucide, elle se perd au fil du temps dans un monde imaginaire qui ne tolère aucune imperfection : l'auteur qu'elle chérit doit s'exprimer correctement, il doit également écrire l'oeuvre dont elle rêve. Puis, tant qu'à faire, il doit devenir l'homme idéal, une illusion à laquelle elle s'accrochera coûte que coûte. Et surtout, elle restera persuadée, jusqu'à la toute fin, de n'avoir fait tous ces sacrifices que par altruisme envers l'homme qu'elle aime. A la foi victime de sa maladie et bourreau, le personnage d'Annie est tout simplement bouleversante. Avouez que ça change un peu de toutes ces gentilles filles larmoyantes dont on nous gave jusqu'à l'indigestion.

"Il vit ses yeux qui le foudroyaient s'agrandir encore, maintenant pleins de surprise, d'horreur et d'une souffrance nouvelle. [...] Qu'est-ce qui est arrivé, Paul ? Je vous apportais du champagne, pourtant ..."

J'ai également beaucoup aimé les quelques références à la Reine de Cœur imaginée par Lewis Carroll dans Alice aux pays des merveilles, ça m'a fait plaisir que Stephen King pense à un autre de mes personnages préférés (je suis sûre qu'il l'a fait exprès, pas vous ? Non ? Bon bon, d'accord ...)

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Stephen King est sans doute l'auteur (vivant) le plus adapté au cinéma, et on y trouve un peu de tout : des chefs d'œuvre, des films passables et des gros ratés (et encore, je reste à peu près diplomate, notamment en ce qui concerne Ça, qui est pour moi un flop total). Dans la première catégorie, on retrouve donc le fameux Misery de Rob Reiner, porté par une réalisation au top et des acteurs génialissimes. L'adaptation n'atteint pas la richesse flippante du roman, mais on aurait vraiment tort de bouder notre plaisir pour autant.

Il y a très peu d'ambiance sonore dans ce film, mais la bande son est propre, soignée et colle parfaitement aux scènes qu'elle vient illustrer. Le huis-clos se suffit presque à lui seul pour me donner une sensation de claustrophobie (agréable, cette fois) derrière mon écran. On frissonne avec Paul, on découvre la truie de compagnie d'Annie sous ses yeux ébahis, on se rue avec lui sur notre fauteuil roulant pour éviter qu'elle nous surprenne à son retour de courses. Bref une totale immersion, comme si on était, nous aussi, happé dans cette maison perdue au milieu de nulle part. Et on s'en réjouit grandement. Je trouve que le duo Kathy Bates / James Caan insuffle à cette histoire (simple, mais jamais simpliste) une véritable dynamique, qui semblait pourtant impossible à adapter à l'écran. Très sincèrement, James Caan est parfait en pauvre homme frustré, ni courageux ni lâche, qui tentera toutes les supercheries imaginables pour s'enfuir, mais à mon sens Kathy Bates lui vole complètement la vedette. Mais si, je suis sûre que vous connaissez Kathy Bates, au moins de nom ! Sa filmographie est très, très, trèèès impressionnante, et parmi la vague de prix que la dame a raflé, on y retrouve l'Oscar et le Golden Globe de la meilleure actrice pour Misery. Et croyez-moi, cette récompense est amplement méritée. D'ailleurs, elle s'apprête également à figurer (enfin !) au très célèbre panthéon du Walk Of Fame, ce 20 septembre. Et j'en suis ravie, vous vous en doutez bien, étant donné qu'elle fait partie de mes très rares actrices favorites.

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Ce film, sans effets spéciaux et sans hémoglobine à tout-va, est un brillant thriller psychologique que j'adore regarder de temps en temps, même s'il n'égale pas complètement le roman. Une ambiance pesante, une infirmière complètement tarée et amoureuse de son écrivain séquestré, un suspense plutôt intense et des musiques savamment dosées, font de ce film une véritable perle. Par contre, le DVD classique est très pauvre, pas la peine de chercher deux plombes, il n'y a absolument que dalle. Je vous conseille donc de vous tourner plutôt vers l'édition collector (qui offre des bonus très intéressants). J'ai aimé découvrir la bande-annonce qui avait été diffusée à l'époque, en plus du making-off et des interview : un petit plaisir supplémentaire pour découvrir ou redécouvrir cette adaptation très réussie.

lundi 8 août 2016

Parlons un peu de Dolores Claiborne.


    

Décidément, Kathy Bates et Stephen King étaient faits l'un pour l'autre. Ce film est la preuve qu'une adaptation peut être réussie tout en s'éloignant carrément du scénario original, et ce n'est parfois pas plus mal. 

On retrouve ici Stephen King dans un registre très différent, sans fantômes ni créatures farfelues, sans fantastique ni surnaturel. Dans Dolores Claiborne, il s'intéresse simplement à une tranche de vie plutôt banale à première vue : l'existence paisible et ennuyeuse d'une femme de ménage vivant sur une île coupée du monde, en compagnie de son mari alcoolique et ses trois enfants en bas âge. Tout était donc fait pour me plaire, mais à ma grande surprise je n'ai pas été totalement convaincue. Déjà sur la forme : le roman est écrit d'une seule traite, autant dire qu'il symbolise le cauchemar horrible de tout lecteur qui veut finir son chapitre avant d'éteindre la lumière ; on finit donc par bâcler rapidement le dernier paragraphe pour pouvoir aller se coucher. Certes, écrire le monologue d'une femme battue est un exercice casse gueule pour n'importe quel auteur, mais très franchement, je n'ai pas ressenti l'émotion que j'aurais voulu. L'action se déroule uniquement dans une salle d'interrogatoire, Dolores y est dépeinte comme une camionneuse bourrue, vulgaire et peu instruite, et je dois dire qu'émotionnellement, ça m'en a touché une sans bouger l'autre. A mon sens, une telle histoire aurait mérité bien plus de subtilité, de finesse, et surtout d'être beaucoup moins caricaturale pour être crédible.
Autre chose : un élément essentiel de l'histoire est franchement très similaire à celui d'une des nouvelle du recueil Nuit Noire, étoiles mortes (1922, pour les connaisseurs). Bon OK, ce recueil est largement plus récent que Dolores Claiborne, mais si les auteurs commencent à s'autoplagier, on aura pas assez d'une seule vie pour découvrir tous leurs bouquins. Pour moi, c'est donc un livre sympa, mais sans plus. Il se lit vite, sans réelle impatience, et ne me laissera pas un souvenir impérissable. 

Adapter cette histoire était donc plutôt compliqué, voire impossible, puisqu'il s'agit simplement d'une introspection qui part un peu dans tous les sens. Mais heureusement pour moi, Taylor Hackford s'est approprié personnellement l'oeuvre avant de la retranscrire en images, et je vous avoue que je me suis montrée beaucoup plus enthousiaste. Alors oui, ses détracteurs pourront dire qu'il ne ressemble que très peu à l'intrigue originale, mais je trouve qu'un copié-collé fidèle, scène pour scène et mots pour mots, n'a aucun sens et n'en aura jamais. Regardez par exemple Shining : bon nombre de fans conchient littéralement le film de Kubrick et lui reprochent d'avoir pris trop de libertés (ce que pense également le principal intéressé, Stephen King himself). A contrario, Mick Garris a réalisé une série qui était beaucoup plus proche du roman original, et qui n'apporte finalement rien de nouveau. Une adaptation doit pouvoir garder la trame de base, mais elle doit aussi apporter davantage, ne serait-ce qu'un changement de point de vue. Le Dolores Claiborne de Hackford apporte ce qu'il faut de neuf tout en gardant pas mal d'idées propres au bouquin, et pour ma part je le perçois comme un bel hommage, autant à Stephen King qu'aux femmes de la trempe de Dolores. Je trouve ça plutôt flatteur : voilà qui redore enfin le blason de cette héroïne du quotidien et la dépeint à sa juste valeur.


On y suit donc Dolores partout, comme si elle nous promenait dans sa poche au gré de son histoire, sans faux-semblants et sans pudeur : la lente déchéance d'un homme qui la bat (parce qu'à cette époque, un homme viril doit soumettre sa femme et la maintenir constamment dans la terreur, évidemment), ses relations ambivalentes avec Vera Donovan, son amour inconditionnel pour sa fille unique (autre différence avec le roman), ses désirs de fuite, puis de meurtre. Et on se prend de sympathie pour tout ce petit monde, tout en contrastes et en complexité. Le seul personnage qui restera tout le temps fidèle à lui-même (c'est-à-dire bien insupportable) est Joe St George, admirable dans son rôle de pourri fini, représentant les deux fléaux que sont la domination masculine et l'alcoolisme. Presque naturellement, on applaudirait presque cette idée de faire justice soi-même, quand la société n'est pas présente là où elle le devrait (parce qu'elle ne l'est pratiquement jamais, faut pas se leurrer). Le duo mère/fille fonctionne également à merveille et nous prend aux tripes, tantôt dans la recherche constante de l'autre, tantôt dans la confrontation. Kathy Bates a un véritable talent (et elle fait partie de ses rares actrices qui ne me ressortent pas par les trous de nez, c'est plutôt bon signe), elle interprète aisément la peur, la tristesse, la rage, le courage, la générosité, la détermination, alternant sur cette palette d'émotions à l'infini. A vrai dire, elle est tout aussi impressionnante dans ce rôle de femme bafouée qu'elle l'était en psychopathe dans Misery (il fallait bien que je fasse le parallèle, sinon ce ne serait pas moi). Dolores est en tous points un modèle pour chaque femme d'hier et d'aujourd'hui, amenée à vivre dans un monde parfois hostile et destructeur, où il faut trop souvent se battre avec ses petits poings pour survivre. 

Au lieu de raconter les faits à l'enquêteur, Dolores choisit ici de se confier directement à sa fille, ce qui permet de sortir un peu du confinement de la salle d'interrogatoire et de redonner plus d'intérêt au récit. Côté esthétique, ce film est sans doute l'un des meilleurs que j'ai pu voir jusqu'ici : le présent ne s'accompagne que d'une ambiance morne et grise, tandis que le passé est une explosion de couleurs vives, un paradoxe qui capte directement l'intérêt du spectateur. Sans compter la simple présence de Kathy Bates, les nombreux effets visuels de foufou et la magnifique BO de Danny Elfman, tout y est pour y plonger à corps perdu. La mise en scène est tout simplement fabuleuse et le film se suit avec plaisir, il est impossible d'en décrocher jusqu'à la toute fin. Je pense qu'il deviendra aisément l'un de mes grands classiques. Bref, un film vraiment mémorable et à la conclusion touchante, qui laissera un souvenir assez marquant de par la présence sincère et subtile des acteurs, lesquels auraient tous amplement mérité une récompense pour leur interprétation. Après tout, on distribue des Césars à la pelle pour beaucoup moins que ça.


Et comme Dolores m'a beaucoup inspirée, voici donc un petit hommage de mon cru, que je vous présente avec la fierté du travail bien accompli :

 

mercredi 6 juillet 2016

Le point série : mes flics préférés.

En réalité, je pensais que dresser ce top 5 serait super compliqué, puisque je suis une véritable abonnée à ce genre de séries, mais à ma grande surprise, j'ai réussi à trancher relativement vite. Après avoir un peu pleuré parce que Dexter et Patrick Jane (The Mentalist) ne sont pas éligibles au classement, voilà les cinq flics qui ne me font pas lever les yeux au ciel quand ils débarquent sur mon écran.


5 - Will Graham (Hannibal) :


J'ai beau ne pas être une fan de la série, j'ai bien adhéré au personnage de Will Graham (qui n'est pas tout à fait flic de formation, mais c'est mon article, je fais bien ce que je veux). Complètement largué depuis l'apparition d'Hannibal, on le voit galérer pour garder pied dans la réalité alors qu'il aspire grosso modo à se faire rouler dessus par un bus, attaché à une femme qu'il aime mais qu'il ne peut plus regarder en face depuis qu'elle couche avec le célèbre cannibale. Il me fait de la peine et je l'aime bien, parce qu'il tente désespérément de comprendre les choses et de s'ancrer dans la réalité comme il le peut, malgré ses dons trop envahissants et un psychisme fragile.


4 - Carl Hickman (Crossing Lines) :

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Dans toute série il y a un petit trublion qui ne devait pas être là au départ, et dans Crossing Lines, le rôle revient à ce merveilleux Carl Hickman, qui perd chaque fois un peu plus les pédales à mesure que son passé le rattrape. Là où j'ai établi qu'il était l'un de mes flics favoris, c'est lors de l'épisode où on découvre qu'il triche un peu avec ses talents d'observation censés être infaillibles, pour masquer les effets de la drogue sur son comportement ; donnée avec laquelle Louis Daniel (Marc Lavoine) le provoque pour le voir réagir. J'ai donc aimé Hickman depuis le début, même dans ses moments un peu WTF. Sa détermination et son altruisme y sont sans doute pour beaucoup, son âme torturée et pas très optimiste aussi.


3 - Debra Morgan (Dexter) :


A vrai dire, je voulais tout d'abord intégrer Masuka ou Batista à la place, mais c'était sans compter sur Debra Morgan. Sujette à beaucoup de critiques, c'est pourtant un personnage que j'adore. Elle est spontanée, travailleuse, elle jure comme un camionneur, ses relations amoureuses s'accumulent et partent de plus en plus en cacahuète : c'est un peu madame tout le monde, en fait. Il faut dire qu'avec tous ces seconds rôles de fliquettes niaises et transies d'amour pour le héros, la féminité n'est pas vraiment à son avantage dans ce type de séries. Debra change littéralement la donne, et Jennifer Carpenter n'en fait pas des caisses à base de maquillage démesuré et de mimiques cul-cul-la praline (un mérite que possèdent bien trop peu d'actrices à mon goût). Durant son enfance et les huit saisons qui nous sont montrées à l'écran, elle a vécu un paquet de choses pas forcément jolies-jolies, mais n'a jamais basculé. Elle est l'anti-Dexter en quelque sorte, même si énormément de similitudes les rapprochent. Elle fait le même job que son frère, à savoir attraper les vilains, mais en restant toujours du côté de la justice néanmoins. Notons aussi que Jennifer Carpenter est atteinte de la paralysie de Bell (pratiquement indécelable à l'écran), et son interprétation n'en est que plus impressionnante encore.


2 - Alexandre Falco (Falco) :

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Bah ouais, après tout. Avant son coma, le barbu légèrement foufou était déjà flic, donc il compte doublement. Bon oui, cette série n'est pas parfaite, mais j'avoue que j'ai beaucoup aimé son héros ainsi que son acteur, qui s'imbriquent parfaitement. Falco est constamment tiraillé, il sombre pour mieux se relever, donne dans l'émouvant tout en restant sobre, mais se montre aussi drôle et décalé. Ce mec est non seulement marrant, mais il a un mot pour tout le monde en toutes circonstances et n'hésite pas à faire quelques petites entorses au règlement afin de rester en accord avec ses valeurs. Sagamore Stévenin dégageait vraiment quelque chose, du charisme, une prestance, une sensibilité et une authenticité qui m'a bluffée. Adieu, flic anticonformiste aux chemises affriolantes, tu vas nous manquer.


1 - Harry Bosch (Harry Bosch) : 


Le fameux Harry Bosch. Que j'aimais déjà comme une folle dans les bouquins de Connelly, et que je trouve aussi génial dans la série qui lui est dédiée. Ce flic plein de bons sentiments et d'idéaux qui se casse la margoulette sur les enjeux politiques et les magouilles de ses supérieurs, mais qui ne lâche rien quitte à se foutre tout son département de police à dos. Il est cool, il est sympa, il a des valeurs qui lui sont propres, et se bat bec et ongles pour les défendre ... Bref, Harry Bosch flic number one dans mon coeur. Voilà, c'est tout.

lundi 13 juin 2016

Charlie et la Chocolaterie, cette gourmandise coupable.

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Oui bon, je crois que pour une critique objective, vous n'êtes pas au bon endroit. Willy Wonka, propriétaire d'une chocolaterie loufoque où personne n'a pénétré depuis quinze ans, va organiser une loterie qui permettra à quelques enfants de visiter sa mystérieuse confiserie. Le principe est simple : parmi des milliards de tablettes de chocolat vendues dans le monde, seulement cinq d'entre elles contiennent un ticket d'or. Les enfants qui découvriront un de ces tickets seront donc invités par Wonka. Parmi eux, Charlie est un petit garçon issu d'une famille pauvre, dont le grand-père est un ancien ouvrier de la chocolaterie. Disons les choses clairement, ce personnage est un prétexte, une sorte de faire-valoir qui nous invite à apprécier la chocolaterie d'un œil enfantin, pour mieux nous faire lorgner du côté du vrai héros (ou plutôt anti-héros) de l'histoire. Sous ses airs enfantins, ce film tend vers une satire grinçante et décalée de l'éducation, de l'incidence de l'enfance sur la construction des individus, du développement de l'industrie au profit de l'emploi (déjà).

Cette usine futuriste est donc truffée de trouvailles multicolores, d'excès et de délires en tout genre, de joie et d'excentricité, en opposition avec l'ensemble de la ville terne qui l'entoure. D'ailleurs, la maison de Charlie n'est pas sans rappeler le manoir d'Edward aux mains d'argent, un peu branlant, carrément mal foutu, ne tenant même pas sur ses fondations, une vraie bâtisse burtonnienne. Le réalisateur a bien sûr gribouillé lui-même les croquis de ses décors et a tenu à les construire en dur, tout comme les marionnettes à l'effigie de Deep Roy, dupliquant des Oompa Loompa surexcités à l'infini. Lors de cette visite endiablée, Willy Wonka profitera de l'occasion pour régler son compte à une société qui ne lui a jamais vraiment fait de cadeau : il va piéger les gamins pourris gâtés, prétentieux et arrogants en jouant sur leur corde sensible, et donner une bonne leçon aux parents qui ont osé engendrer des petits monstres pareils (si seulement je pouvais faire ça dans mon boulot, mais là je m'égare). Sans surprise, l'héritage reviendra à Charlie, gamin pauvre et sensible, respectueux de sa famille, généreux et curieux de tout. Tout va bien, la morale et sauve. Et puis on y retrouve l'un de ses thèmes préférés, à savoir sa volonté à nous montrer les gens normaux sont en fait plus tarés et dangereux que les doux dingues comme Willy Wonka.

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Dans un premier temps, on peut le voir comme une sorte de prédateur, avec les éliminations successives des enfants et son côté malsain clairement assumé. Celui qui est censé lui succéder doit répondre à de nombreux critères, connus de lui seul. Les cinq enfants qui ont eu la chance de découvrir les fameux tickets d'or risquent finalement d'être des proies bien vite bazardées si elles ne font pas l'affaire. Mais Willy Wonka est aussi un artiste, et Tim Burton est fasciné par les artistes, il en est lui-même un, et c'est une chose qu'il adore mettre en scène. Tout comme Wonka, son style hors-normes ne fait pas l'unanimité, certains (comme moi) l'adulent, d'autres le détestent, sans qu'il existe vraiment de juste milieu. L'art a des conséquences, bonnes ou mauvaises (égocentrisme, incitation à la consommation, exploitation, industrialisation de masse, mais aussi réflexions sur le monde, construction de soi et créativité sans borne) et c'est également ce qu'évoque Charlie et la Chocolaterie. On retrouve la patte du réalisateur, autant visuellement qu'au niveau de l'humour, noir à souhait (comme le chocolat, il fallait bien que je vous la fasse, celle-là). Willy Wonka, incarné par un Johnny Depp méconnaissable, est d'ailleurs le genre de personnages auxquels je m'attache très rapidement, tout en nuances et en contradictions. Le petit Charlie contrebalance un peu toute cette froideur joviale, il s'agit d'un enfant doux et calme, l'exact opposé du chocolatier. Les deux vont pourtant se trouver de nombreuses similitudes, car c'est aussi un des sujets du film, celui des apparences. Derrière ses lunettes et sa tenue excentrique, Wonka est un homme mal à l'aise en société, un créateur génial mais très timide, presque associable. Je ne peux m'empêcher de voir un parallèle évident avec Tim Burton lui-même. Tout ceci est appuyé par la composition de Danny Elfman, qui semble très inspiré. Le générique totalement barré me séduit complètement à chaque fois (cette musique occupe d'ailleurs une très bonne place dans mon MP3) :


Ces nombreux niveaux de lecture n'empêchent pas Charlie et la Chocolaterie de rester un divertissement familial adapté à tous (et surtout aux parents, si vous voyez ce que je veux dire). Prévoir avec vous quelques trucs à grignoter, parce qu'à voir tout ce chocolat, on a plus d'une fois l'envie de se lever pour aller chercher à bouffer.

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Pour aller plus loin : La conception et la naissance des Oompa Loompa


lundi 6 juin 2016

Correspondances de guerre.

Lorsque j'étais en seconde, j'avais du lire tout un recueil de lettres de guerre, et je me souviens avoir pleuré comme une madeleine pendant des jours (j'avoue avoir encore les larmes aux yeux, des années après, à la relecture de certaines). Ces mots, illustrant concrètement le vécu des soldats au quotidien, ont sans doute joué un rôle majeur dans ma compréhension du monde et mon rejet des extrémismes quels qu'ils soient. Et dans le contexte politique actuel, je dois dire que ce sujet revient particulièrement me hanter ces derniers temps. J'ai donc moi-même ressenti le besoin d'écrire une lettre fictive, qui sera sans doute complétée par d'autres bribes de récits ensuite (une fois n'est pas coutume, cet article va donc s'actualiser pas mal au fur et à mesure). Avant toute chose, je tenais quand même à partager avec vous quelques citations tirées de courriers réels, qui m'ont énormément marquée. A méditer ...

"Voilà quatre heures que nous sommes bombardés. On ne s'étonne même plus de ces conditions de vie artificielles, à peu près injustifiables, qui ne ressemblent à rien de notre vie et de nos pensées d'autrefois. Au milieu d’un désordre inguérissable, nous attendons sans rien pouvoir, sans rien imaginer, sans rien espérer, la fin de quelque chose que l'on nous a dit d'endurer. Nous sommes là, voilà tout. Nous sommes, tout court, sans heure et sans lieu humains."

"C'est malheureux de voir tant de victimes qui n'y sont que pour rien. C'est même honteux de voir cela. Depuis trente mois que je suis aux tranchées, je vois qu'il n'y a plus rien à faire. Il faut que l'on y passe tous. On n'a pas assez de misères de coucher dans l'eau, il faut encore se faire tuer ; mais j'en ai plus qu'assez. Du courage, je n'en ai plus ! J'en ai eu, maintenant c'est fini."

"Pendant toute ma vie, j'ai été heureux autant qu'on peut le rêver, autant, je crois, qu'on peut le réaliser et c'est vous qui m'avez tout donné. Je vous ai aimés de tout mon cœur, de toutes mes forces. Je m'en vais pour la plus belle cause : pour qu'en France on ait encore le droit d'aimer. J'espère être tombé face à la victoire. Moi qui aurais tant voulu ne jamais vous faire de peine ! enfin, puisque je ne laisse ni haines, ni dégoûts, que tout m'a semblé beau et m'a été doux. Je m'en vais encore heureux, puisque c'est pour permettre à d'autres de l'être."


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"Ma tendre aimée,

Aujourd'hui samedi, nous sommes toujours positionnés à quelques kilomètres de Verdun, où nous avons perdu bon nombre de coéquipiers. La plupart sont morts sous les balles ennemies, tombés dans les tranchées à nos pieds, et les quelques autres ont fini par succomber au manque croissant d'eau et de nourriture. Notre bataillon s'est considérablement réduit, et je tente tant bien que mal de ne pas céder à la panique devenue si familière depuis quelques semaines. Nous n'avons rien mangé depuis deux jours, condamnés à nous repaître uniquement de l'eau boueuse des tranchées, en attendant mieux. Mon envie de te revoir me maintient en vie à chaque instant, et me donne la folie nécessaire pour affronter cette cruauté du quotidien. Parfois, je me demande si nos fourbes et invincibles adversaires ressentent aussi ce manque constant et viscéral de leurs proches. Pardonne ces pensées ma douce, mais il m'arrive même quelquefois (rarement) d'éprouver une certaine forme de sympathie pour eux : ne subissent-ils pas autant que nous les effets de cette guerre interminable ? N'ont-ils pas été contraints de se trouver là, contemplant leurs morts pourrir sur le champ de bataille, au nom d'une idéologie qui les révulse ? Ne désespèrent-ils pas autant que nous de pouvoir un jour enlacer les êtres qui leur sont chers ? L'horreur quotidienne me pousse à considérer les choses autrement, et fait naître en moi une empathie que je n'aurais jamais cru pouvoir éprouver à leur égard.

Cela va sans doute te paraître absurde, mais je n'aurais jamais autant écrit que durant ces jours interminables de combats et de misère. Je me découvre un plaisir immense pour l'écriture, seule liberté qu'il me reste encore au milieu des fusillades. Sans cela, j'aurais déjà sombré mille fois. Si j'ai le privilège d'en réchapper, je te ferai lire mes carnets, que tu n'auras sans doute pas la force de terminer ; j'en ai déjà rempli deux et de nombreux viendront encore. Peut-être même que j'aurais le désir de les faire publier ; penser mettre ma modeste contribution au service de l'humanité est une motivation immense. J'en ressens le vif besoin, il faut que je le fasse, que je dénonce cette horreur sans borne pour que jamais plus elle ne se reproduise. Oh, quelle utopie ! Dieu sait qu'il en faut pour survivre ici, heure après heure, jour après jour. C'est encore le seul rempart qui me permet d'éprouver un quelconque espoir en l'être humain.

Je ne pourrais même pas te décrire que ce nous vivons. Dans les jours meilleurs, certains camarades se noient, meurent de faim, sombrent dans la démence ; mais la plupart du temps, ce sont les obus et la mitraille qui disséminent notre équipe petit à petit. Nous ne pouvons pas les enterrer décemment, bien sûr, alors nous continuons à creuser de nouvelles tranchées, au milieu de ces cadavres avec qui nous avons tant partagé. Dans ce chaos, par dessus la chair pourrissante, nous ne faisons rien d'autre que de besogner mécaniquement, sans relâche, nous préparant aux prochaines hostilités, sans un regard pour nos alliés défunts. Et je retourne me battre pour toi, dans la fureur du désespoir. Pour les enfants que nous aurons un jour, pour la bague que je passerai à ton doigt et pour la maison que je t'offrirai de mes mains. Malgré mes pensées généreuses, toute compassion s'éteint en moi lorsqu'il me faut achever un soldat ennemi barrant mon chemin. L'instinct de survie, crois-moi, nous pousse à devenir aussi sauvages que les bourreaux que nous accablons.

En réalité, j'ai changé de manière terrible. La fraternité se succède à une violence sans nom, et à force d'émotions démesurées, je ne me sens plus que l'ombre de moi-même dans cette horreur sanguinaire. J'oscille sans cesse entre compassion et désir intense de cruauté, en équilibre instable, foudroyé par un état second de plus en plus fréquent. Comment puis-je être capable d'autant d'amour, et engendrer pourtant la destruction ? Je m'accroche désespérément à nos souvenirs heureux, à défaut de parvenir encore à être moi-même. Madeline, l'homme que tu vas épouser n'est définitivement plus semblable à celui que tu as connu. Je ne suis plus qu'un soldat aux vêtements tachés, aux poches sous les yeux, au teint blafard et à l'instinct animal. C'est d'ailleurs tout ce que nous sommes devenus : des bêtes, traquées et traquant à leur tour."