mardi 29 mars 2016

Comment s'enfoncer toujours plus loin ?

Tout à l'heure, alors que je consultais la page Facebook d'une connaissance, j'apprends qu'une énième cérémonie de remise de prix a désormais lieu depuis quelques années : les Lauriers TV Awards. Après information, j'ai plus ou moins compris qu'il s'agissait en vérité de récompenser tous les participants d'une (ou plusieurs) émissions de télé-réalité. J'ai eu envie de me marrer, de pleurer, de m'ouvrir les veines avec les branches de mes lunettes. Pourquoi nous infliger un tel sentiment de dégoût ? Quel peut bien être l'intérêt qu'y trouve le public ? Parce que bon, si les créateurs de programmes nous infligent cette horreur et proposent une vente de places pour assister à la remise des prix, c'est qu'il doit bien y avoir des gens que ça touche. Mais bon sang, depuis quand un abruti doit-il être récompense pour l'ensemble de son "oeuvre" dans la connerie la plus pure ?

Alors, bien sûr, les Lauriers TV Awards amènent le principe de façon plus diplomate puisqu'il est question pour eux de "récompenser les différents acteurs des émissions de divertissements." Sachez, messieurs-dames, qu'il y a encore quelques années (je veux parler d'un temps que les moins de quinze ans ne peuvent pas connaîtreuh), le divertissement télévisuel n'avait rien à voir avec une nana en string qui se fait refaire les seins devant une caméra, qui fait paraître un single à sa sortie d'un programme d'enfermement et qui parle d'aventure humaine pour qualifier le fait de se faire filmer 24h/24 dans son pieu. Et pourtant, croyez-le ou non, je ne suis pas une anti-télé à 100%, il y a des programmes moins abêtissants que d'autres et il y a, par exemple, des émissions qui permettent de développer nos neurones ou de nous instruire un peu (j'avoue même regarder quelquefois Le meilleur pâtissier pour me donner des idées de bouffe). Mais définitivement, la télé-réalité ne fait pas partie des programmes grâce auxquels on se couche moins bêtes le soir.

Et puis bon, quand on regarde d'un peu plus près l'image que véhiculent certaines émissions, c'est pas vraiment joli. La Belle et ses Princes ou Bachelor (nominées dans meilleur programme de romance, bien entendu) sont par exemples des nids d'intolérance et de sexisme complètement décomplexés. De quoi entretenir encore le mythe de la femme objet pour longtemps. Cyril Hanouna est, quant à lui, candidat parmi les meilleurs animateurs d'un programme de divertissement, alors qu'il passe le plus clair de son temps à humilier ses invités, mais apparemment ça ne dérange personne, puisque son émission est un franc succès en ce moment. Bref, c'est magnifique. Il y a quand même un léger problème dans notre XXIème siècle, vous l'admettrez.

Résultat de recherche d'images pour "what the fuck gif debra"

lundi 21 mars 2016

Lontano : Grangé au pays de la corruption. Et ça ne lui réussit pas.

Qu'on s'entende bien. Oui, généralement quand un article commence par ce genre de phrases, ce n'est pas bon pour la suite, mais qu'on s'entende bien : j'adore Jean-Christophe Grangé. Quand j'étais au lycée, j'entamais Miserere et dévorais dans la foulée son oeuvre la plus connue, Les Rivières Pourpres. Cet auteur a un don indéniable pour inventer des tueurs qui font des trucs dégueu, à grands renforts d'une écriture simple et rythmée qui nous embarque rapidement dans l'engrenage. J'étais donc dans de très bonnes dispositions à l'égard de Lontano, son dernier roman, même si je n'avais pas aimé le précédent.

Habituellement, les résumés de ses livres ne donnent aucun indice sur l'histoire, mais cette fois-ci, l'éditeur nous la fait à l'ancienne, quitte à en raconter un peu trop : "Le père est le premier flic de France. Le fils aîné bosse à la Crime. Le cadet règne sur les marchés financiers. La petite soeur tapine dans les palaces. Chez les Morvan, la haine fait office de ciment familial. Pourtant, quand l’Homme-Clou, le tueur mythique des années 70, ressurgit des limbes africaines, le clan doit se tenir les coudes. Sur fond d’intrigues financières, de trafics miniers, de magie yombé et de barbouzeries sinistres, les Morvan vont affronter un assassin hors norme, qui défie les lois du temps et de l’espace. Ils vont surtout faire face à bien pire : leurs propres démons. Les Atrides réglaient leurs comptes dans un bain de sang. Les Morvan enfouissent leurs morts sous les ors de la République."


Afficher l'image d'origine

Sur le papier, ça n'a pas l'air mauvais, donc. Et pourtant, ce livre est un excellent exemple de ratage, sur plusieurs niveaux. Le patriarche joue son rôle de patriarche, le flic fait son travail de flic, son frère drogué fait son travail de frère drogué, la petite sœur se prend la tête parce que tout le monde tente de la protéger contre son gré, on arrive à un scénario qui promet quelque chose d'intéressant. Sauf que la seconde partie vient absolument tout plomber. C'est compliqué d'en dire plus sans spoiler, mais elle n'a tellement rien à voir avec la première partie du roman que c'est à peine si on a l'impression de lire la même oeuvre, et je ne parle même pas du manque de cohérence.

La première partie est clairement l'intrigue la plus intéressante et la plus représentative du style de Grangé, et je l'ai lue avec les mêmes frissons d'impatience que ceux qui m'ont parcourue pendant La ligne noire ou la Forêt des Mânes. Dans pas mal de bouquins, je trouve que le tueur a souvent des raisons très bancales d'en arriver à des extrémités de fou furieux. Parce que non, avoir des parents violents n'est pas une raison suffisante pour faire d'un citoyen lambda un tueur énervé contre la société, on a besoin de plus. D'étoffer un peu, d'avoir aussi un minimum d'empathie pour lui, de comprendre les raisons de son geste. On est pas dans le révolutionnaire non plus, mais j'ai apprécié le travail sur le personnage du tueur. La relation entre Erwan et sa soeur Gaëlle contribue également pour beaucoup à l'intérêt parallèle de l'histoire. Erwan possède une vision idéalisée de l'ordre et de la justice, où tout est parfaitement en accord avec son sens de l'honneur, en cherchant à marcher sur les traces de son père tout en luttant pour s'en éloigner. Mais Gaëlle, elle, symbolise la jeunesse désabusée et le rejet le plus total des codes familiaux. Les traditions l'étouffent, elle fait partie de cette nouvelle génération qui se sent prise au piège entre la course aux technologies, l'envie stupide de se lancer dans la télé-réalité, le monde sexiste et la volonté d'être un déshonneur pour sa famille. Chacun des deux protagonistes représente une face de la même pièce, et on ne peut s'empêcher de regarder, fasciné, la lutte et l'infinie tendresse entre eux. Et au milieu de tout ça, pas de temps mort pour Lontano ! C'est la moindre des choses quand on a décidé de caler deux intrigues dans un seul roman, mais il faut avouer que de manière générale, les Grangé ne font pas partie des bouquins dont il faut avoir attaqué un quart avant que l'action ne démarre. En fait niveau action, Grangé c'est un peu le Michael Connelly du polar français, en beaucoup plus crade. Comme toujours, j'ai tout lu. Faut reconnaître ça à Grangé, il sait faire lire son livre en entier. Mais à côtés de ça, les points noirs sont tellement nombreux ici que je ne sais même pas par où commencer.

Jusqu'ici, chaque roman de Grangé était espacé de plusieurs années, ce qui n'est finalement pas très dérangeant. Attendre indéfiniment pour des histoires qui tiennent la route du début à la fin comme Miserere, ça vaut le coup. Seulement, il a mis les bouchées doubles en écrivant quatre livres en quatre ans. Honnêtement, pour moi c'était déjà un mauvais signe. N'est pas Stephen King qui veut, et ici la qualité habituelle n'est clairement pas au rendez-vous. Ce qui explique sûrement les nombreux points culture mal amenés. Je suis la première à aimer apprendre des choses, alors pourquoi jeter ça dans la catégorie des points négatifs ? Parce que oui, Grangé a une bonne documentation sur le pays. Vous saurez tout sur le code d'honneur africain, sur la manière de saluer un chef d'Etat un peu dictateur sur les bords ou sur les plantes qu'on peut trouver dans la jungle, mais ce n'est pas la documentation, même fournie, qui fait tenir une intrigue. C'est clairement là que le roman pêche. J'ai eu souvent l'impression que l'auteur avait copié/collé une page Wikipédia pour augmenter son quotat. Autant se limiter à une intrigue simple mais efficace plutôt que de faire un croisement de registres qui rend le tout très indigeste. Sans oublier certains personnages caricaturaux au possible. Je veux dire, je sais parfaitement que la spécialité de Grangé, c'est le flic. D'ailleurs quand on en arrive aux adaptations, vous remarquerez que Jean Reno est souvent choisi pour le rôle phare, et ça n'a rien d'étonnant. Donc je m'attendais encore une fois à trouver un cliché de flic, un homme, un vrai, qui détruit des murs à mains nues le dimanche pour se détendre, qui hurle à genoux en plein milieu de la rue sans que personne n'appelle l'hôpital psychiatrique le plus proche, qui court plus vite que le métro, et qui n'en fait qu'à sa tête sans même se faire virer par ses supérieurs haussant les épaules parce que bon, c'est le meilleur de nos agents. Mais là, tout le monde est caricatural. Gaëlle est chiante comme pas possible à vouloir être protégée alors qu'elle passe le livre entier à gueuler sur frère parce qu'il la protège à longueur de temps. Et leur frère camé, on en parle ? Un mec défoncé 24h/24 qui n'arrive même pas à prendre en charge ses gamins ou à se rappeler la date du droit de visite, mais qui est une pointure dans le monde de la finance et adulé de tous. Et il s'emmerde même pas à cacher ses addictions, le gars, hein. Si j'avais su qu'on pouvait être millionnaire tout en se défonçant sur son lieu de travail et en venant au bureau fringué samedi sur dimanche ... Et voilà, là dessus, on en arrive donc à cette fin bâclée, qui va donner naissance à une suite en mai (que je ne suis pas sûre de lire, du coup). Quand je parle de fin bâclée, je n'exagère rien. L'impression que ça donne, c'est que sur les cinquante dernières pages, il ne savait pas comment terminer son intrigue bancale, alors il nous l'a résolue en dix lignes. Le gentil tue le méchant, le chien fonce le retrouver en courant au ralenti sur la plage, la femme regarde l'homme comme un sauveur, et ils restent là à admirer le coucher de soleil pendant que le générique défile. Fin. Rassurez-vous, ce n'est pas exactement ce qui se passe, mais niveau cliché et facilité, on est en plein dedans.

En guise de conclusion, je ne dirai pas que ce livre est mauvais. Il est juste décevant. Si je l'avais lu sans que ce soit un Grangé, ça serait peut-être passé. Je n'ai pas pu me débarrasser de l'impression constante de lire un scénario de mauvais épisode de Cordier Juge & Flic. Je ne comprends pas pourquoi nous proposer une première intrigue assez sympa et venir tout défoncer ensuite sous prétexte que le roman porte sur l'Afrique et les relations familiales. Bref, si vous ne connaissez pas Grangé, vous adhérerez au livre et lui pardonnerez ses défauts, et ne pourrez qu'en apprécier davantage ses autres bouquins. Si au contraire, vous êtes un habitué, laissez tomber. Clairement une des œuvres les moins glorieuses de l'écrivain, qui s'est un peu perdu en chemin.

mardi 19 janvier 2016

La rencontre (enfin) réussie de Ron Howard et Dan Brown.

Afficher l'image d'origine

Autant je n'avais pas aimé l'adaptation de Da Vinci Code, autant j'ai clairement apprécié cette suite. Suite qui n'en est d'ailleurs pas une, puisque l'action d'Anges & Démons se situe chronologiquement avant, ce qui a été modifié dans le film, pour ne pas embrouiller tout le monde avec un retour en arrière. Sur le plan littéraire, j'ai légèrement préféré Da Vinci Code, qui me semblait plus progressif et plus intrigant. Cela voulait-il dire que l'adaptation d'Anges & Démons allait être encore plus mauvaise que la précédente ? C'est ce que j'ai cru pendant quelques temps, mais finalement ce n'était pas vraiment important, puisqu'à l'arrivée Anges & Démons surpasse Da Vinci Code sur beaucoup points. Ron Howard adapte encore l'histoire originale à la lettre, sans réelle patte personnelle ni parti pris par rapport au bouquin, mais disons qu'on le sent quand même plus maître de son film. Je l'ai visionné une nouvelle fois ce week-end, et je pense l'avoir encore davantage apprécié. Et pour la peine, si vous allez plus loin, vous serez spoilés

Afficher l'image d'origine

Afficher l'image d'origine

L'histoire se prête bien à la création d'un suspens de bout en bout, enrichi par les superbes décors du Vatican et de Rome (faux décors, me souffle-t-on dans l'oreillette, puisqu'il a été impossible de produire le film dans son milieu naturel, faute d'autorisation donnée par la cité du Vatican. Tu m'étonnes). L'une des choses qui m'a le plus attirée dans l'intrigue, notamment dans celle du bouquin, ce sont les multiples éléments que j'ai pu y apprendre sur l'organisation du Vatican et de l'Eglise en général. Ne pratiquant aucune religion, il est toujours un peu foufou pour moi d'imaginer qu'une idéologie peut rassembler des masses derrière un guide, s'organiser en une communauté et instaurer des codes adoptés par chacun. Généralement, quand un roman de ce genre est adapté au cinéma, tout le monde monte au créneau avec sa petite banderole, et on entend finalement plus parler de la polémique que du film en lui-même.

L'intrigue est donc basée sur la dualité : il y a ceux qui se battent pour le savoir et "la lumière" (les Illuminati), contre la toute-puissance d'une Église qui peine à accepter les découvertes de la science. Il y a la personnalité double de Langdon, à la fois pas copain avec la religion et totalement admiratif du patrimoine religieux (un peu comme moi, c'est sûrement pour ça que je me suis autant attachée à ce personnage au cours des quatre tomes de ses aventures). Chacun de nous est capable du meilleur comme du pire, personne n'est tout blanc ou tout noir, et c'est aussi valable pour tous les combats et toutes les idéologies (ce qui est totalement d'actualité, malheureusement). La religion catholique est donc elle-même montrée dans sa dualité, engendrant le meilleur (monuments érigés, oeuvres bâties, valeurs d'amour et de tolérance prônées) comme le pire (rejet des idées contraires et du progrès de la société, scandales passés sous silence ...). D'ailleurs, le personnage du Camerlingue est l'exemple type de cette dualité : le vrai héros du film, c'est lui. Pour lui, la religion a été à la fois bénéfique et destructrice. "Pour qu'une religion soit infaillible, il ne faut pas qu'elle soit le fruit des Hommes", l'écrivait Dan Brown dans le roman.

On a beau connaître la fin si on a lu le livre, ça ne gâche en rien le plaisir ressenti tout au long du film. Les seconds rôles sont parfaits (bien que certains ne servent pas trop à grand chose), les scènes d'actions sont crédibles dans l'ensemble, bref on ne s'ennuie pas et on ne croule pas sous un monticule indigeste d'effets spéciaux. Le tout est également très esthétique, j'ai d'ailleurs trouvé certaines scènes dignes de tableaux, c'est un aspect très bien mis en avant. Ceci dit, on ne nous précise pas quelle église est concernée lors de l'épisode de la Fontaine des Quatre Fleuves, ce qui brise un petit peu la logique mise en place tout au long de l'histoire. Sans oublier un détail du bouquin qui m'avait frappée, mais qui ne figure pas dans son adaptation : le Camerlingue est censé devenir pape durant les quelques minutes avant son suicide, ayant été élu par l'ensemble des cardinaux qui le condamneront un peu plus tard. Je pense que c'est une question de sensibilité, mais j'aime bien voir mes passages préférés adaptés, et celui-ci était quand même un peu beaucoup important pour appuyer l'esprit du livre. De même qu'il est un peu dommage de ne pas avoir plus poussé la réflexion entre religion et science, puisque c'était également une grande part de l'intrigue imaginée par Dan Brown. Dans ce qui m'a fait sourire, je parlerais évidemment du magnifique parachutage du Camerlingue à la fin du film, pile poil à la seconde près, accompagné d'une musique très héroïque, un bel hasard digne du cinéma américain ... Chassez le naturel, il revient au grand galop ! Bref, ça commence comme un bon film américain, ça finit en apothéose comme un bon film américain, mais il y a tout de même pas mal de nourriture spirituelle dans tout ça, et ça fait du bien.

Cette BO est à tomber par terre.

Pour en savoir un peu plus sur les inspirations de Dan Brown, c'est ici : "Je n'écris pas pour les prix littéraires".

lundi 11 janvier 2016

"Look up here, I'm in heaven."

Afficher l'image d'origine

2016, cette année qui commence en nous rappelant que personne n'est immortel. David Bowie me paraissait tellement peu humain que je ne l'imaginais pas mourir un jour. Une à une, les légendes tombent, mais j'ai l'impression que bien peu d'autres ne naissent.

J'ai découvert Blackstar le jour de sa sortie avec une joie immense, avec l'excitation de me préparer à une nouvelle expérience. J'aime Bowie, j'aime écouter Bowie, j'aime fredonner Bowie. Alors j'ai fredonné Blackstar. Comme il savait le faire, il m'a amusée avec le rythme de Tis a pity she was a whore. J'ai pensé que c'était merveilleux qu'un bonhomme de son âge soit encore capable de faire une musique aussi bonne et fidèle à ce qu'il avait été. Aujourd'hui, je repense à tout ça en me disant qu'il va quand même foutrement nous manquer.

Hier, je n'avais encore rien compris à l'album. Je ne savais pas que David Robert Jones faisait ses adieux et abandonnait son (ses) personnage(s) de David Bowie au reste du monde. Quand je réécoute Lazarus, je réalise seulement ce que je lis partout depuis ce matin. Je réalise seulement que Bowie est mort, parce qu'il le dit lui-même : "Look up here, I'm in heaven" "I'm trying too, I'm dying too". Le clip, que j'avais pris pour une énième marque d'affection envers l'esthétique un peu morbide, montre son agonie dans un lit d'hôpital. On connaît le besoin qu'à Bowie de millimétrer ses mises en scène, et la chanson prend finalement tout son sens, celui que j'ai longtemps cherché depuis la première écoute.


Pourtant, personne ne l'avait vu venir, il avait bien trompé son monde. C'était pas faute d'en parler, de la mort, à tel point qu'on pouvait la considérer comme deux intimes qui ne se feraient jamais de coups pendables. Tu parles. Et ça me fout les glandes, bien plus que je ne l'aurais pensé. Ça me fout les glandes de savoir qu'un de mes artistes préférés s'est tu à jamais.










Un petit mot pour la fin, résumant l'esprit de son oeuvre :


Et voilà, c'est bel et bien fini ... Salut l'artiste. Puisses-tu scintiller au-dessus de nous entre quelques poussières d’étoiles multicolores.

lundi 7 décembre 2015

Point cinoche : "Un homme idéal", de Yann Gozlan.

Cela faisait un petit moment que j'attendais avec impatience de voir ce film, pour deux raisons. D'une part, je trouve que Pierre Niney est un excellent acteur, c'est pour moi le nouvel espoir du cinéma français (qui est quand même pas mal en déclin depuis quelques années, il faut bien le dire). Il est tout simplement bluffant, il n'a que 26 ans et un talent que beaucoup peuvent lui envier. Et d'autre part, la bande annonce et le synopsis : typiquement le genre de films que j'adore, et qui fait écho aux "phobies de l'écrivain" dont je suis très friande chez Stephen King (et qui reviennent de nombreuses fois dans Misery, Shining, La part des ténèbres et Fenêtre Secrète, par exemple). Il n'y avait donc pas de raison que cette histoire me déplaise. Et effectivement, je n'ai pas vu le temps passer, ça faisait assez longtemps que je n'avais pas été autant transportée par une production française. Je n'avais qu'une envie, c'était de le revoir, et c'est chose faite depuis ce week-end, raison pour laquelle je dépoussière un peu cet article pour le remettre au goût du jour.

Afficher l'image d'origine

Mais venons en à nos moutons : ça va spoiler, vous êtes prévenus. Pour résumer, Mathieu Vasseur a des rêves de gloire, mais pas le talent suffisant pour l'assouvir, d'après ce qu'en pensent les maisons d'édition auxquelles il envoie son manuscrit intitulé L'homme de dos. Après un énième refus, il trouve alors le journal d'un soldat de la guerre d'Algérie, et ne peut s'empêcher de s'emparer du manuscrit. Ayant tout de même quelques hésitations éthiques (je pense), il le retranscrit mot pour mot en ne changeant que deux choses : le titre (tout de même volé à l'auteur dans l'une de ses notes), et le nom de l'auteur lui-même. Son rêve prend enfin forme, il réussit à mettre son petit nom de rien du tout sur un récit magistral qui régale les critiques et les lecteurs anonymes. C'est le succès imminent. Oui, mais voilà, l'imposture a un prix. On peut difficilement écrire la guerre comme si on y était quand on n'y était pas : Mathieu fait donc des recherches pour maintenir le cap et donner de nombreuses interviews. Il ira même jusqu'à voler les propos d'auteurs célèbres sur leurs motivations à écrire. En quelque sorte, il se remplira des autres, lui qui n'est que coquille vide (du moins, le croit-il).

Pierre Niney, lors de l'avant-première du film à Paris, a jugé que le film était "à la fois dark et solaire". Les images sont clairement très réussies, la réalisation excellente et le casting à tomber par terre, ce qui fait qu'on pardonne les quelques passages bancals qui manquent parfois un peu de crédibilité. Comment croire qu'un meurtre accidentel puisse ne pas finir par se remarquer dans une villa, tout comme la mise en scène de sa propre mort qui ne semble suspectée par personne, alors qu'il brûle sa voiture au kérosène, en oubliant que seules les empreintes dentaires sont récupérables sur le corps calciné ? C'est le principal et le seul écueil de ce film, qui fait l'impasse sur une question non élucidée. 

Pour le coup, la mise en scène de sa propre mort, voilà une chose un peu piquée à Stephen King d'ailleurs, à qui le réalisateur fait un clin d’œil en début de film (Mathieu a placardé chez lui une citation de King qui conseille aux auteurs d'écrire 2500 caractères par jour, extraite d'Ecriture, mémoires d'un métier.) 



Dans La Part des ténèbres, Stephen King, obsédé par les paranoïas d'écrivains comme je le disais plus haut, dressait le portrait d'un auteur qui publiait sous son vrai nom des romans intellectuels peu lus, et sous un nom d'emprunt des romans sanglants devenus des best-sellers. Pour se "débarrasser" de l'auteur à succès, il organise un enterrement factice. La tombe est alors profanée, ou plutôt creusée de l'intérieur. Après une série de meurtres, l'écrivain se rend compte qu'il est poursuivi par son double. Mathieu Vasseur, lui, est poursuivi par ses démons, qui lui rappellent sans cesse son imposture et ses crimes. Les hallucinations sont intéressantes mais ne vont pas assez loin à mon goût, elles auraient pu donner une consistance supplémentaire à ce personnage complexe. Chez King, le héros finit de deux manières : la mort ou la folie. Ce n'est pas le cas ici, quand un suicide eût été le plus logique. Le choix final offre une autre alternative plus surprenante, mais c'est un parti pris qui se respecte plutôt bien, et qui donne naissance à la scène la plus bouleversante du film, qui m'a littéralement atomisée les deux fois. Même s'il obtient ce qu'il désirait plus que tout au monde, à savoir être publié, il devient complètement dépossédé de son identité (l'arroseur arrosé ?) et perd ce qu'il a de plus important au monde, à savoir non pas l'écriture, mais sa compagne et sa perspective d'avoir une famille à lui. Je me rappelle que cette scène m'avait fait fondre en larmes au cinéma, et c'est un privilège rare, très rare.

Pendant toute la durée du film, j'ai eu des coups de flippe à l'idée que Mathieu se fasse démasquer (mais tout était orchestré à la seconde près pour que ce ne soit pas le cas, ce qui est finalement un peu dommage), c'est un personnage réellement attachant selon moi. Certes, c'est un imposteur, un manipulateur également en quelque sorte, mais c'est aussi et surtout un jeune homme en quête d'identité et de reconnaissance, désespéré de ne pas parvenir à vivre de sa passion. Tout ce qu'il voulait, c'était vivre son rêve, sans chercher plus loin. La principale force du film est cette possibilité de s'identifier très facilement au personnage, qui n'est finalement pas un tyran, ni même un méchant garçon au sens propre, il a ses failles comme tout le monde, ni plus ni moins. Ce film est une belle analyse de l'ambition, de la soif de célébrité et des extrêmes dans lequel l'être humain peut tomber pour arriver à ses fins. La scène qui m'a marquée est celle où il se tient face aux trois miroirs de sa salle de bain, devant lesquels il s'exerce à devenir l'écrivain qu'il n'est pas, peaufinant ses discours pour les interviews futures. Je la trouve totalement splendide, c'est là qu'on comprend véritablement que Mathieu est en train de basculer dans un avenir qu'il ne maîtrise plus du tout, et l'image pour l'illustrer est très bien choisie.

En y réfléchissant hier soir avant de m'endormir (on fait ce qu'on peut pour éviter le sommeil, parfois), je me suis demandée si tout ce qui arrivait à Mathieu était réel, ou si l'ensemble de l'histoire sortait justement de son imagination d'écrivain en devenir, et donc du roman qu'il était en train d'écrire. Mais j'avoue que cette hypothèse est quand même bien tirée par les cheveux. 

En somme, Un Homme idéal est un très bon film, convaincant grâce à la finesse et à l'élégance de Pierre Niney principalement, qui pourrait réciter le bottin tout en le rendant complètement captivant. Je suis à chaque fois subjuguée par la puissance avec laquelle il incarne toute une palette d'émotions contradictoires et intenses (comme c'était également le cas dans Yves Saint Laurent, dont je vous avais fait pas mal d'éloges, et Vingt ans d'écart, que je souhaite aussi revisionner prochainement). En attendant avec impatience de le revoir dans un prochain rôle, où je risquerais encore de ne pas être déçue.